Lucien Febvre

Les jurassiens célèbres
photo Lucien Febvre

Né le 22 juillet 1878 à Nancy

Historien

Lucien FEBVRE est l’un des plus grands historiens du XXème siècle. Bien que né à Nancy, il a toujours valorisé ses racines franc-comtoises et jurassiennes. Passionné d’histoire, il intègre l’École normale supérieure en 1899 et est agrégé d’histoire en 1902. Il commence alors ses travaux sur la Franche-Comté, qui aboutissent en 1911 à la publication de sa thèse, Philippe II et la Franche-Comté. Étude d’histoire politique, religieuse et sociale, où il fait ressortir les interactions existantes entre l’économie et la société, manière complétement novatrice d’aborder l’étude de l’histoire. Il publie ensuite une monographie sur la Franche-Comté et consacre de nombreux essais à des figures comtoises, les Granvelle ou Proudhon. Nommé professeur d’histoire de la Bourgogne et de l’art bourguignon à l’université de Dijon en 1914, il est appelé à rejoindre l’université de Strasbourg après-guerre, où il devient en 1919 titulaire de la chaire d’histoire moderne.

Son expérience personnelle de la guerre, vécue dans les tranchées, l’incite à combattre « l’histoire traditionnelle » dite « historisante » de ses prédécesseurs et à privilégier la « synthèse historique », très loin de l’histoire diplomatique, factuelle ou événementielle alors à l’honneur. Il refuse de concevoir l’histoire comme l’enregistrement d’une suite d’évènements à partir des seuls documents écrits : pour lui, l’histoire ne commence pas dans les archives, les sources sont multiples et il faut faire appel aux sciences voisines telles que la linguistique ou l’ethnologie. Il dénonce l’asservissement de l’histoire à toute cause nationaliste ou idéologique. L’histoire doit ainsi interpréter et expliquer afin de mieux comprendre, à partir d’une connaissance large du passé, le présent, mais aussi les drames à venir. Il imagine ainsi une histoire fédérant les sciences sociales en promouvant la pluridisciplinarité, favorisant ainsi l’union des sciences humaines. Il rencontre à l’université de Strasbourg le médiéviste Marc Bloch, qui partage ses conceptions de l’histoire. Ensemble, et pour diffuser leur courant connu sous le nom d’« École des annales », ils créent les Annales d’histoire économique et sociale en 1929, une revue que Lucien Febvre dirigera jusqu’à sa mort.

En 1933, Il est élu à la chaire d’histoire de la civilisation moderne du Collège de France et s’installe à Paris, mais ne quitte pas le Jura, où il acquiert une résidence secondaire à Saint-Amour, dans laquelle il finira ses jours. Membre du « Comité de Vigilance des intellectuels antifascistes » fondé en mars 1934, il a également été le concepteur et le directeur de l’Encyclopédie française (onze volumes publiés entre 1934 et 1940). Visionnaire, Lucien Febvre invite ses disciples à entreprendre des chantiers inédits : histoire de l’alimentation, de la mort, de l’amour…Il collabore également aux travaux de l’UNESCO pour l’élaboration d’une collection d’ouvrages sur l’histoire de l’humanité et en dirigeant les Cahiers d’histoire mondiale.